Il faudra bien lâcher un peu. Et peut-être même beaucoup. La force de la mobilisation annoncée - tous les personnels de l’hôpital public ou presque seront ce jeudi en grève - met le gouvernement sous une pression inédite depuis des lustres. L’origine du malaise est fort simple. La croissance spontanée de la demande de soins est d’environ 4 % par an. C’est le prix à payer pour faire face au vieillissement de la population, aux progrès technologiques de la médecine et à l’engorgement des urgences. Avec une satisfaction à la clé : la France se situe plutôt bien dans le classement des indicateurs de santé publique, plutôt mieux, par exemple, que les Etats-Unis, pays riche qui dépense nettement plus que les autres mais ne parvient pas à soigner aussi bien ses citoyens qu’en Europe. Pour le gouvernement, ces 4 % de croissance, s’ils étaient acceptés, pèseraient d’un poids excessif sur les finances publiques : le plafond d’augmentation a été fixé un peu au-dessus de 2 %. Le résultat se manifeste tous les jours : fatigue des personnels, salaires à la traîne, équipements encore insuffisants, etc. D’autant que les efforts d’économies pèsent plus sur l’hôpital, où le contrôle financier est facile à organiser, que sur la médecine de ville. D’où la crise. L’ennui, pour les pouvoirs publics, c’est que cette mobilisation des blouses blanches est populaire. Les Français tiennent à leur système de soins. Pour beaucoup, ils ont observé le dévouement humain et le zèle professionnel dont font preuve les personnels soignants, pourtant soumis à un rythme croissant de prises en charge, souvent à des horaires extensifs. A cela s’ajoute le spectre de la «convergence des luttes» dans un climat social tendu. On dit que Matignon s’apprête à accorder 200 millions d’euros de plus à l’hôpital. Les choses étant ce qu’elles sont, les grévistes jugeront, selon toutes probabilités, qu’il jette un verre d’eau sur un incendie.
Éditorial
Incendie
Publié le 13/11/2019 à 20h21
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