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Manif

A Paris, défilé des identitaires qui en ont «assez des kebabs et des mosquées»

Un petit cortège, aux accents xénophobes, a manifesté «contre l’islamisme» dimanche entre Denfert-Rochereau et Cambronne.

Manifestation de Génération identitaire à Paris, dimanche. (Cyril ZANNETTACCI/Photo Cyril Zannettacci. Vu pour Libération)
Publié le 17/11/2019 à 20h21

Camionnette benne avec plateforme en ferraille pour y poster trois gus, musique électronique angoissante, style reportage embedded tard le soir sur une chaîne de la TNT : le petit groupe d’extrême droite Génération identitaire a défilé «contre l’islamisme» dimanche à Paris. Ils étaient quelques dizaines : un gars avec un blouson de marque Lonsdale, des jeunes à peine sortis de l’adolescence, parfois fringués en noir, quelques filles et des personnes âgées au regard allumé. Drapeaux français pour a plupart.

Photo Cyril Zannettacci. Vu pour Libération

Au milieu, plusieurs pancartes montrant des terroristes : Kouachi, Abdeslam, Merah, Coulibaly, sur fond violet. Le petit cortège, démarré à 14h30 place Denfert-Rochereau (XIVe arrondissement) jusqu’à Cambronne (XVe), quartier bien connu dans le milieu des «France aux français», a duré dans les deux heures, rythmé par les types de la camionnette. Des slogans traditionnels de l’extrême droite tout le long : «On est chez nous», quelques chansons aux paroles glauques comme «ici, c’est Paris, c’est pas l’Algérie, ils ont rien à faire ici»… D’autres, xénophobes, comme «islam hors de France», «kebabs, mosquées, on en a assez», et enfin «une seule solution, c’est la remigration», ont fait dire à deux gamines qui passaient par là mais ont vite compris : «Remigration pour qui ? Pour tout le monde, ou seulement pour les Arabes et les Noirs ?»

«Lui répond pas, Michel»

On a cherché la réponse, mais impossible de l’avoir. La marche, bien encadrée par la police, était plus ou moins interdite aux journalistes. Chaque fois que l’un d’eux (ils étaient très peu) tentait sa chance avec un des présents, il se retrouvait pris en photo et escorté vers la sortie. Et s’il réussissait à interviewer un manifestant, un gars avec un K-way bleu lui collait aux basques jusqu’à la fin, en faisant mine de ne pas écouter.

Photo Cyril Zannettacci. Vu pour Libération

Une femme, la quarantaine, veste en cuir marron, coupe courte, blonde décolorée, a dit à son mari : «Lui répond pas, Michel», en voyant Libé s'approcher. Manque de pot, sans le vouloir, elle a un peu parlé quand même. Elle était là parce qu'«il y en a marre, des journalistes comme des islamistes, de Merah qu'on a accueilli et qui a craché sur la France. La France, elle est chrétienne, monsieur, mais on est en train de se faire remplacer, alors y en a marre, marre, et nos petits-enfants sont bien dans la merde, car nous, on va se barrer.»

Un prof de sport dit être venu parce qu'il a entendu «Allahu Akbar» il y a une semaine dans une manif «contre l'islamophobie». Jusqu'à hier, il ne savait pas ce qu'était Génération identitaire. Plusieurs organisateurs se sont aussi mis à courir brusquement : ils pensaient avoir attrapé un mec du «camp d'en face», un «antifa», qui aurait infiltré la manifestation. Ejecté du cortège, il s'est retrouvé sur le côté, fouillé par des flics en civil. Personne n'a jamais su s'il en était.

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