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Libération
Éditorial

Sombre

ParLaurent Joffrin
Directeur de la publication de Libération
Publié le 25/11/2019 à 20h11

Course à handicap… Quelques jours avant le départ d’un mouvement social qu’on annonce puissant, le gouvernement se retrouve avec un gros sac de pierres sur le dos. Notre sondage Viavoice dresse un tableau fort sombre de l’humeur des Français. La grande majorité des personnes interrogées approuvent les futurs grévistes, pensent qu’Emmanuel Macron est coupé des réalités, condamnent la politique menée et estiment que le comportement du Président n’a pas changé avec l’acte II du quinquennat. Voilà qui part mal.

Maigre consolation : Emmanuel Macron garde son socle de soutiens, principalement chez les cadres et les classes moyennes supérieures. Et surtout, seule une petite partie de l’opinion, comme si elle était résignée en dépit de son mécontentement, pense que le Président sera contraint de reculer. Un peu léger comme bagage en temps de crise sociale.

Est-il encore possible d’éviter l’affrontement ? On en doute. Hormis la CFDT, les syndicats sont décidés à prendre une revanche sur les déconvenues subies il y a un an. Quant à la centrale de Laurent Berger, il faudrait que le gouvernement avale de sacrées couleuvres pour la mettre de son côté. D’abord en acceptant l’argument des cheminots cédétistes, qui ont accepté la fermeture de leur statut pour les nouveaux entrants mais réclament son maintien pour les salariés en place, une «clause du grand-père» que les autres professions exigeront immédiatement. Ensuite en renvoyant à plus tard les mesures d’économies qu’Edouard Philippe juge cruciales pour l’équilibre global du système. Ce qui reviendrait à faire la part du feu avant même que l’incendie ne se déclare. Une demi-reddition dont on ne voit guère les prémices dans le discours tenu en haut lieu. Il faut s’y faire : selon toute probabilité, cela se réglera, non sur le pré, mais dans les dépôts et dans la rue.

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