Même les lecteurs du Figaro doutent… Interrogés par le quotidien, ils rejoignent à 50 % les critiques du Black Friday formulées par certains membres du gouvernement, lui-même très réservé à l'égard de ce rituel païen dédié à la consommation. S'agit-il d'interdire les soldes, ancestrale tradition qui permet d'écouler des stocks en surnombre à un prix réduit ? Pas exactement. Les Français aux revenus modestes - ils sont très nombreux - y trouvent l'occasion d'acquérir des biens d'ordinaire trop onéreux pour leur bourse. Difficile de s'en plaindre.
Le souci de la fin du monde et celui de la fin du mois, qui peuvent se rejoindre, sont souvent contradictoires à court terme. Si les excès de la consommation sont condamnables, ceux de la non-consommation rendent la vie des plus défavorisés difficile. On cherche la sobriété, certes. Mais d’autres, parfois les mêmes, déplorent tout autant l’austérité imposée à la partie la plus pauvre de la population.
En fait, le Black Friday, devenu impopulaire malgré son succès populaire, est critiquable pour des raisons plus précises. Les études d’associations de consommateurs montrent d’abord qu’il y a souvent entourloupe : on gonfle le prix de référence pour faire apparaître une réduction forte mais en partie factice. Certaines enseignes jouent l’honnêteté. Mais d’autres beaucoup moins. L’achat en ligne multiplié à cette occasion peut accroître l’empreinte carbone globale du commerce. Pas une très bonne idée quand on veut ménager le climat. Enfin, l’atmosphère de fièvre acheteuse orchestrée à cette occasion pousse certains aux achats superfétatoires. Ainsi cette cérémonie dépensière importée des Etats-Unis suscite-t-elle la méfiance. Un point pour la décroissance ? Ou bien pour une croissance responsable ? La triviale tradition des soldes débouche sur un débat de fond.




