Entendrons-nous le même lamento décliniste qu’on sert à tout propos sur les résultats de l’école française ? Traditionnellement, la France pointe en milieu de tableau dans le classement Pisa, dont la nouvelle édition sort ce mardi. Il n’en faut pas plus pour susciter un flot rituel de commentaires acerbes sur les performances du système français. On connaît la chanson : voilà où mène le modernisme échevelé de l’éducation nationale, qui a jeté par-dessus les moulins les bonnes vieilles méthodes de nos pères ! Mais que dit vraiment Pisa ? Beaucoup de choses, qui viennent souvent contredire les idées reçues. D’abord, ces résultats moyens ne sont pas si catastrophiques dès qu’on se compare. La France est en général un peu derrière l’Allemagne, au même niveau que le Royaume-Uni, devant l’Italie et l’Espagne, nettement devant les Etats-Unis. On peut - on doit - progresser. Faut-il sonner le tocsin ? Si l’on excepte le cas des dragons asiatiques, où la culture éducative est très particulière, ce sont les pays du nord de l’Europe qui obtiennent les meilleurs résultats. Or, ce sont justement des pays qui ont démocratisé leur système et mis en œuvre des méthodes pédagogiques plus souples et décentralisées. Le contraire des préconisations avancées par les traditionalistes en France… Les experts de Pisa soulignent à cet égard que le caractère inégalitaire de l’école française est un lourd handicap.
Les syndicats, tout aussi rituellement, invoquent le manque de moyens. On le comprend. Mais, toujours selon Pisa, ce ne sont pas les pays qui dépensent le plus qui réussissent le mieux. Les Etats-Unis consacrent à chaque élève plus d’argent que la plupart des pays. Ce qui ne les empêche pas de peiner dans les comparaisons internationales. En fait, deux constantes gagnantes devraient recueillir l’accord général : encourager, comme dans le nord de l’Europe, la réussite des élèves plutôt que sanctionner l’échec ; revaloriser le métier d’enseignant. C’est un fait que nous n’y sommes pas.




