Menu
Libération
Récit

Josacine empoisonnée : une mère et vingt-cinq ans de questions

Réservé aux abonnés

Corinne Tanay, dont la fillette a été tuée en 1994 par un flacon de sirop contaminé au cyanure, a entrepris une démarche rare. Elle a rencontré Jean-Marc Deperrois, condamné pour ce crime qu’il a toujours nié. Pour comprendre, creuser, interroger. Faute de réponses, elle en a tiré un livre.

Corinne Tanay à Paris, le 18 novembre. (Photo Boby pour Libération)
ParJulie Brafman
Photo Boby pour Libération
Publié le 03/12/2019 à 20h01

Que se passe-t-il quand les portes de la cour d'assises se referment, quand, selon l'expression consacrée, «la justice est passée» ? A quoi ressemble le monde d'après, celui de l'accusé parti en prison et celui de la partie civile rentrée chez elle, deux silhouettes disparaissant dans leurs nuits respectives ? Le livre de Corinne Tanay, la Réparation volontaire (1), commence justement là où, d'ordinaire, les histoires judiciaires s'achèvent. Une façon de mettre à mal l'idée - trop répandue - de l'audience comme lieu de catharsis ou d'épiphanie. «Ce devait être le moment de faire éclater la vérité, on l'attend toujours, souligne l'autrice, attablée dans une brasserie chic du XVIe arrondissement de Paris. Le vrai travail, pour moi, a commencé après le procès.»

La journaliste et documentariste de 59 ans, visage rond éclairé par des yeux azur, parle rapidement, laissant peu de place aux questions. Les mots se bousculent pour expliquer une démarche inédite et complexe : vingt-cinq ans après les faits, elle a décidé de s'asseoir face à l'homme accusé d'avoir tué sa fille, Emilie. «Nous étions arrivés à un moment où nous pouvions nous parler», résume-t-elle finalement.

A partir de 2016, à quatre reprises, la mère et le condamné ont déjoué la frontalité des positions imposée par le rituel pénal pour amorcer un dialogue censément impossible. Dans une brasserie anonyme du Havre, ils ont refait leur monde judiciaire pendant de longu

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique