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Libération
Éditorial

Compromis

ParLaurent Joffrin
Directeur de la publication de Libération
Publié le 04/12/2019 à 20h16

Un remake de 1995 ? Voire. Une grande différence, en tout cas : en 1995, Jacques Chirac est élu en faisant campagne sur «la fracture sociale», puis il tourne casaque en octobre pour annoncer une politique de rigueur. En 2019, Macron met en œuvre une réforme qu'il a annoncée partout à son de trompe. Point de reniement, donc. Pour le reste, les points communs sautent aux yeux : une réforme d'ampleur qui suscite la bronca syndicale, une remise en cause des «régimes spéciaux» à la SNCF et à la RATP, un gouvernement impopulaire, un fils Juppé à Matignon, une opinion qui approuve le mouvement, une CGT remontée comme un coucou. Avec ce facteur aggravant : en 1995, la CFDT soutenait la réforme, cette fois elle élève maintes objections. Tout semble ligué pour une réédition. En fait, la vraie comparaison commencera une fois le mouvement lancé. En 1995, la grève avait pris tout le monde par surprise, les manifestants étaient très nombreux, ils sont restés populaires et les transports ferroviaires et urbains se sont retrouvés totalement à l'arrêt. Et surtout, la grève avait duré près d'un mois avant la reddition du gouvernement Juppé. Donc trois critères pour juger : le nombre de manifestants, la reconduction dans les dépôts et l'attitude de l'opinion. Pour le reste, on consultera sa boule de cristal. Il y aurait une manière d'éviter l'affrontement : le gouvernement chausse non les bottes de Juppé mais les baskets de la souplesse. Il annonce qu'il remet à plus tard le débat sur l'âge de départ ; il ouvre une négociation par branche pour amortir le choc de la transition ; il donne des garanties aux fonctionnaires pour qu'ils ne pâtissent pas trop de la réforme. Du coup, la CFDT peut rentrer dans le jeu, les victimes du système à points peuvent espérer limiter les dégâts, chacun comprend que le compromis vaut mieux que le tout ou rien. On peut rêver…

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