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Libération
Reportage

A Toulouse, des non-grévistes solidaires et résignés

Cadres de la SNCF, ils n’ont pas débrayé pour des raisons financières ou de continuité du service public, mais partagent le rejet du projet de réforme.

A la gare de Toulouse-Matabiau (photo d'illustration). (PASCAL PAVANI/Photo Pascal Pavani. AFP)
ParFranck Bouaziz
envoyé spécial à Toulouse
Publié le 06/12/2019 à 20h36

Vendredi matin, le hall de la gare de Toulouse-Matabiau, désert la veille pour cause de trafic quasi nul, semble avoir repris vie. Sur les tableaux d’affichage électroniques, pas moins de 16 départs annoncés jusqu’au milieu de l’après-midi. La réalité est tout autre. Mis à part le TGV de 16 h 47 en direction de Paris, toutes les autres liaisons se font en bus à partir de la gare routière. Il faut s’approcher au plus près du panneau des départs pour deviner le pictogramme qui indique que le trajet se fera par la route et non sur les rails.

Devant une grande table en bois dressée pour l'occasion, Paul (1) renseigne les rares voyageurs et propose des bons à échanger contre une bouteille d'eau minérale ou un café. Ce cadre a revêtu un gilet rouge, le signe distinctif des agents d'accueil volontaires. «Ce n'est pas parce que l'on est contre la réforme des retraites que l'on ne doit pas porter assistance aux voyageurs», indique-t-il pour expliquer sa présence. Agé de 60 ans, il quittera cette année la SNCF après une carrière complète et s'est résigné à la mise en place du système universel de retraites. «On veut détruire le service public parce que les considérations financières priment. Regardez toutefois ce qui s'est passé sur le transport ferroviaire au Royaume-Uni. Après la vague de privatisations, ils ont fait machine arrière.» La suppression du statut des cheminots lui laisse un goût amer : «C'est tout simplement un nivellement par le bas.» Paul n'est pas particulièrement optimiste sur l'issue de la grève : «En face, au gouvernement, ils sont droits dans leurs bottes. Le mouvement est suivi, mais ce sera notre baroud d'honneur.»

Quelques mètres plus loin, Albert, parka bleu marine réglementaire et listing des rares trains en circulation sous le bras, répond à la chaîne aux questions des voyageurs. Cadre lui aussi, il «attend de voir le texte de réforme des retraites écrit et pas uniquement le projet rendu par le haut-commissaire». Auparavant dans le privé, Albert met en avant le service au client : «Il y a beaucoup de touristes étrangers qui étaient un peu perdus, on ne peut pas les laisser sans le moindre renseignement.»

Dans son service, il compte quatre grévistes et décrit la situation comme «apaisée» entre ceux qui ont choisi de débrayer et les autres : «On s'en parle aux pauses déjeuner.» Bien que non gréviste, Albert, qui se décrit comme «issu d'une famille de gauche», est prolixe sur la question de la réforme des retraites : «J'ai les boules, les acquis sociaux ça ne se balaie pas d'un revers de main.»

A proximité des distributeurs automatiques de billets de train, Géraldine hésite à se confier. Elle a choisi de travailler ce jour-là pour «des raisons financières», explique-t-elle, mais s'est déclarée gréviste la veille. Son collègue Serge, pour sa part, se montre assez fataliste : «Si je travaille aujourd'hui c'est pour gagner ma vie. A mon âge, le régime universel, je ne vais pas y couper et d'ici à ce que je sois en âge de partir à la retraite… d'autres réformes seront encore passées.»

(1) Tous les prénoms ont été modifiés.

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