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Éditorial

Progrès

ParLaurent Joffrin
directeur de la publication de Libération
Publié le 18/12/2019 à 20h56

Il y a une lecture paresseuse, et finalement fautive, de l’affaire Delevoye. Une nouvelle fois, dira-t-on, une excellence politique en prend à son aise avec les règles, s’arrange avec l’éthique, se croit au-dessus des lois, etc. Voilà bien l’oligarchie française qui se tient les coudes, qui contourne les lois, qui compte sur l’impunité, qui ignore les difficultés du commun des mortels, bref, qui profite du pouvoir pour rouler carrosse et mener grand train. Or si l’on peut s’étonner à juste titre que Jean-Paul Delevoye ait perçu un salaire en sus de son indemnité ministérielle, ce que proscrit la Constitution (la justice, désormais saisie, décidera des suites à donner à l’affaire), il faut aussi replacer l’incident dans une chronologie plus longue. Le cas du ministre oublieux symbolise une dérive. Mais il marque aussi un progrès. Naguère en effet, ce genre de manquement était la coutume. La classe politique bénéficiait d’un statut à part, qui lui permettait de franchir toutes sortes de lignes rouges sans qu’on le sache. Mais au fil des affaires révélées par une presse de plus en plus curieuse et d’une justice de moins en moins contrôlée, les dispositifs de surveillance se sont multipliés. Le financement des partis a été en grande partie assaini à partir des années 80, avec une contribution publique qui entraîne d’impérieuses obligations. Les conflits d’intérêts ont été combattus, le patrimoine des élus scrutés avec une efficacité croissante. Après l’affaire Cahuzac, deux institutions créées en réaction par les gouvernements de François Hollande, la Haute Autorité de transparence de la vie publique et le Parquet national financier, ont entamé une action de clarification et de sanction fort utile. Ce sont désormais deux épées de Damoclès suspendues au-dessus de la tête des indélicats. Il reste encore à faire. Mais la classe politique française est désormais l’une des plus étroitement encadrées au monde.

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