Petit à petit, le groupe s'étoffe au pied de la statue de la République : aux alentours de 18 h 30, ils sont une grosse centaine de personnes, dont quelques gilets jaunes visibles dans la nuit. Au-dessus des têtes, un grand panneau «Justice pour Cédric assassiné». A quelques mètres, la coupe afro d'Assa Traoré dépasse des bonnets et des casques de vélo. La sœur d'Adama, décédé en 2016 à la suite d'une interpellation par les gendarmes, prend la parole au micro : «Aujourd'hui, la famille de Cédric vit ce que nous vivons.» A côté d'elle, Diané Bah, le frère d'Ibrahima, «assassiné par la police» en octobre, est venu défendre «une cause commune contre un système qui protège les auteurs des violences». «Heureusement, il y a encore des citoyens qui se lèvent contre les violences policières», se réjouit Arié Alimi, un des avocats de la famille de Cédric Chouviat.
Camille, étudiant en droit, est venu affirmer «qu'il ne s'agit pas d'une bavure ni d'un événement isolé, mais d'un système qui organise l'impunité». Un peu plus loin, Michèle, quarante ans de CGT, ne croit pas que les auteurs seront punis : «Ça fait un an que les gilets jaunes subissent les violences policières et qu'il ne se passe rien. Là, c'est un livreur, un type lambda, il n'y a pas de raison pour que ça change.» A ses côtés, Marie-Odile se rappelle qu'elle s'était mise en grève lors de la mort de Malik Oussékine, victime des «voltigeurs» de la préfecture de police de Paris en 1986. Plus de trente ans après, elle veut «bousculer le cocotier pour qu'on en parle». Emma, elle, est venue avec des amis du lycée : «Cédric, c'était juste un livreur, un type comme nous, alors forcément, on se demande : et pourquoi pas nous ?»




