A quoi ressemblent ceux qui nous jugent ? Ceux qui instruisent les enquêtes, décident d'une remise en liberté, tranchent sur les droits de visite après une séparation ? Fin novembre, Yoann Demoli et Laurent Willemez, enseignants-chercheurs à l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, ont publié une étude intitulée «L'âme du corps. La magistrature française dans les années 2010 : morphologie, mobilité et conditions de travail». Pendant deux ans, le duo a analysé les données des quelque 8 300 magistrats français (carrières, mobilités professionnelles, conditions de travail, parcours scolaires, origines sociales et géographiques) et mené une quarantaine d'entretiens. Pour Libération, Laurent Willemez dresse le portrait actuel de ce corps de la haute fonction publique, élitiste mais conscient de sa nécessaire démocratisation.
Quelles sont les spécificités de «l’identité magistrate» ?
C’est un corps, et c’est peut-être sa première caractéristique, très féminisé (deux tiers des magistrats sont des femmes) même si les positions dominantes et les belles carrières sont plus souvent masculines. C’est aussi, pour plein de raisons, un corps très mobile, bien que tous les magistrats ne le soient pas d’égale façon. Enfin, c’est un corps très homogène, qui s’est vraiment structuré depuis 1958 et la création de l’Ecole nationale de la magistrature (ENM). Tout le monde en est issu, ou presque.
C’est aussi un corps qui repose, dites-vous, sur une «logique élitiste». C’est-à-dire ?
La magistrature appartient à la haute fonction publique et partage, par conséquent, les mêmes caractéristiques en termes d'origines sociopro




