Plus de trois mois après la tuerie perpétrée par Mickaël Harpon à la préfecture de police de Paris (4 morts), le Premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé, ce mardi, un renforcement des procédures d'habilitation. Cauchemar de longue date des services, le spectre de l'ennemi intérieur, incarné par l'informaticien de 45 ans, a engendré quelques ajustements, dont l'un sonne comme une mise sous tutelle de la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP). A compter du deuxième trimestre 2020, c'est la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), compétente sur l'ensemble du territoire français, qui habilitera les agents de sa petite sœur parisienne, exerçant ainsi une forme de leadership. Cette réforme, portée par le ministère de l'Intérieur, était pressentie, et pourrait s'accompagner d'une disposition réglementaire, spécifiant que la DRPP concourt par ses missions, à l'action de la DGSI. En clair, le temps béni de l'autogestion semble révolu pour les espions de l'île de la Cité.
En outre, Matignon confie au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) la charge de moderniser la procédure d'habilitation d'ici à 2021. Le formulaire de demande d'habilitation sera revu et adapté aux différents publics concernés. De même, une doctrine commune sur les vulnérabilités verra le jour, justifiant le recours à avis restrictif ou défavorable. Afin de minimiser les risques d'infiltration, les agents ne pourront commencer leur mission qu'une fois la procédure validée – certains, notamment en cas de recrutements en urgence, pouvaient parfois y déroger. Enfin, des entretiens préalables à l'affectation seront systématisés, mieux formalisés et complétés par d'autres entretiens avec un psychologue et un officier de sécurité.
Ces mesures résultent de deux missions confiées à l'Inspection des services de renseignement (ISR) après l'attaque du 3 octobre 2019. Ses travaux ont permis de relever que 16 personnes avaient été écartées des services de renseignement depuis 2014. Aucun cas n'est venu s'y ajouter depuis l'acte de Mickaël Harpon. «Depuis le 15 janvier 2020, les cas de radicalisation au sein des forces de sécurité intérieure et des services de renseignement font l'objet d'un suivi centralisé», indique Matignon. Le SGDSN et la Coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, rattachée à l'Elysée, devront désormais s'assurer «que chaque service a mis en place un dispositif robuste de management des risques et de contrôle de la vulnérabilité des agents et des réseaux informatiques».




