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Libération

Radio France : après 50 jours de grève, les négos sourdent

Publié le 21/01/2020 à 20h31

Les auditeurs de Radio France se sont encore réveillés en musique mardi. Les matinales de France Inter, France Info et France Culture n’ont pas pu être diffusées. Au cinquantième jour d’une grève contre le plan d’économies de 60 millions d’euros décidé par la présidente, Sibyle Veil, la situation semble s’enliser au sein de l’entreprise publique. Pourtant, des discussions ont lieu entre les organisations syndicales et la direction. Mais elles avancent très, très doucement.

Vendredi, une rencontre s’est tenue entre l’équipe de Sibyle Veil et la CGT, le seul syndicat qui reconduit la grève de jour en jour et première organisation de salariés de Radio France. En parallèle, des séances de travail ont lieu avec toutes les organisations syndicales depuis le 8 janvier. Mais selon plusieurs sources syndicales, la présidente de Radio France ne démord pas de son objectif de 223 suppressions de postes nettes. Si elle n’est pas contre l’idée de revoir le calendrier de cette réduction d’effectifs, initialement étalé de 2020 à 2022, elle n’accepterait de diminuer son ampleur qu’à la marge.

En revanche, la direction de Radio France a indiqué aux syndicats qu'elle était d'accord pour changer la forme juridique de son projet de réorganisation. Le plan de départs volontaires pourrait devenir une rupture conventionnelle collective (RCC). Mercredi, un «accord de méthode» sera proposé aux organisations syndicales, qui prévoit une période de deux mois pour parvenir à un compromis. La CGT ne veut pas en entendre parler. «Si l'on reste sur un objectif de 60 millions d'euros d'économies, nous ne voyons pas comment nous pourrions nous dire satisfaits», justifie un de ses représentants. Tout en partageant cette critique, d'autres syndicats seraient toutefois prêts à s'engager dans la voie de la RCC. Car elle permettrait de remplacer les partants aux postes que les élus, sous réserve d'entente avec la direction, jugeraient indispensables à la bonne marche de l'entreprise. Ensuite, en fonction de l'identité des partants et de leur niveau de salaire, il serait possible de diminuer le nombre de départs. «On pense qu'il y a d'autres pistes d'économies que les seuls effectifs, explique un représentant du personnel. Mais Sibyle Veil refuse de l'envisager. On a l'impression qu'elle est dans un besoin d'affichage politique d'un certain nombre de départs.» Pour certains syndicalistes, la patronne de Radio France a un agenda personnel en tête : avec la réforme de l'audiovisuel, discutée au Parlement au printemps, son mandat s'achèvera plus vite que prévu, dès la fin 2022. La question de son prolongement à la tête de l'entreprise va se poser rapidement. A cet égard, réussir à faire passer une réduction d'effectifs importante ne serait sans doute pas pour déplaire à l'Etat actionnaire. «Ce qui se passe à Radio France est un décalque de ce qui se passe en France avec la réforme des retraites, observe un syndicaliste. Une grève qui n'en finit plus, des négociations qui n'en sont pas vraiment, un gouvernement et une direction qui bougent à peine… Sibyle Veil fait tout comme Edouard Philippe.»

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