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Le portrait

Julien Pradat, bâtir la maison commune

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Cet architecte tétraplégique conduit la liste d’union de la gauche à Amiens, ville d’Emmanuel Macron et de François Ruffin, qui l’a poussé à y aller.

(Photo Aimée Thirion pour «Libération»)
ParStéphanie Maurice
photo Aimée Thirion pour «Libération»
Publié le 05/02/2020 à 17h06

«C'est moi, le gars tout en bas sur la photo.» Julien Pradat, du haut de son fauteuil roulant, tend le tract où il figure, encadré de ses deux colistières, Evelyne Becker, de La France insoumise (LFI), et Emilie Thérouin, d'Europe Ecologie-les Verts (EE-LV). Sur la photo de campagne, il n'y a pas de fauteuil, il est coupé au niveau des coudes. Le parent d'élève qui vient chercher son fils à la sortie de l'école Marivaux a pris le papier et, coup d'œil rapide, compare l'un l'autre, sous le regard narquois et habitué de Pradat. Il est la tête de liste de l'union de la gauche à Amiens. Un peut-être futur président de métropole tétraplégique, ça vous pose dans l'univers politique français. Pourra-t-il accéder à son éventuel bureau ? «Oui, ça va, il faut passer par les sous-sols, comme souvent, mais c'est aménagé», dit-il en souriant.

Le voilà encore devant, à filer sur ses roues, à trouver son chemin dans la ville, chercher la moindre pente, le bateau du trottoir, et à aller plus vite que tout le monde. «C'est un warrior», admire son pote Etienne Desjonquères, directeur du centre culturel Jacques-Tati. Un rescapé, dans le sens plein du mot : «C'était en vacances, dans la Creuse. Je vois un ponton, je me mouille, je plonge, je me casse le cou et je me noie. Je me dis "pourquoi je ne peux pas respirer, je ne vais pas crever dans cette eau jaune. Garde ton souffle, arrête de te débattre, il y a bien quelqu'un qui va comprendre que ça ne va pas

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