Sur la pompe à bière trône une papamobile avec un pape François à la tête oscillante, une variante du chien-gadget à l'arrière des voitures. C'est sous-entendu avec humour, mais sérieux : le Comptoir de Cana est un bar catholique, en plein Vieux-Lille, quartier chic et de fête. Les homosexuels sont les bienvenus, précise l'association qui le gère, et les bénéfices reversés à des projets caritatifs. A la fin du mois, des partisans d'Europe Ecologie-les Verts viendront y débattre. Mais pour ce mercredi soir, c'est apéritif-rencontre sur le pèlerinage de Jérusalem. Pur hasard, le conférencier est sur la liste La République en marche (LREM) menée par Violette Spillebout.
Mais nul n'est prophète dans son pays. Une habituée du bar, Lucille, 44 ans, agente spécialisée des écoles maternelles, ne peut pas la voir en peinture. Elle n'a pas du tout aimé la manière de Spillebout de s'imposer à la place de Valérie Petit, députée macroniste de Lille, pour l'investiture de LREM. «Valérie Petit vient de rejoindre la liste de [Marc-Philippe] Daubresse [candidat Les Républicains, ndlr], et ça me fait très plaisir pour elle. Pourtant, je ne suis pas de droite.» Lucille est tendance La France insoumise.
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A l'intérieur du Comptoir de Cana.
Photo Aimée Thirion pour
Libération
Gaspar, justement de centre droit, étudiant en communication à l'université catholique de Lille, est plus dubitatif : ça ne lui a pas trop plu, que Valérie Petit claque la porte de son parti. Lucille l'entreprend : «Tu oublies un truc, c'est Violette qui n'était pas LREM et qui a gagné.» De toute façon, Gaspar ne s'est pas encore fait une idée précise. Il apprécie Martine Aubry (la maire sortante, Parti socialiste), qu'il connaît par sa participation au conseil municipal des jeunes. «J'attends surtout les débats, pour voir les reparties des uns et des autres.» Les deux sont d'accord, les programmes se ressemblent tous : plus d'environnement, plus de sécurité. Une voix posée les interrompt : «Vous parlez de Violette. Moi, je l'aime bien, Violette.» Pim's, le petit chien de Didier, 68 ans, posé sur les genoux de son maître, approuve d'un aboiement. Didier, agent immobilier à la retraite, énumère : «Un, elle a l'expérience municipale. Deux, elle est courtoise, elle est capable de dire bonjour à des gens simples, pas qu'aux gens importants. Trois, elle a une excellente présentation, je ne vais pas dire un beau cul, mais une aura.»
Lucille, qui l’écoute à peine, éclate de rire, elle suit sur Facebook le compte Jesus Cric. En photo de profil, une croix qui soutient une voiture. Ils aiment bien les vannes, au Comptoir de Cana, et les opinions politiques différentes. Mais les cathos rencontrés ont un point commun : ils votent. A la dernière municipale lilloise, l’abstention était à 53 % au premier tour.
Photo Aimée Thirion pour
Libération




