Monique, 90 ans, vit à l'Ehpad et peine avec sa petite retraite d'ancienne salariée des éditions du Seuil. Elle attaque néanmoins l'Etat français, au civil, pour «déni de justice» car son parcours judiciaire n'aurait été qu'une «longue vallée de larmes», selon l'expression de son avocat, Me Gilbert Ladreyt. L'affaire a été plaidée fin décembre et la cour d'appel de Paris doit rendre sa décision ce jeudi. En première instance, en mars 2018, Monique avait été déboutée. A travers cette affaire, déjà évoqué par le Canard, c'est toute l'histoire des salariés-actionnaires du Seuil qui, jusqu'en 2002, possédaient un tiers du capital (les deux autres étant détenus par les familles fondatrices de l'éditeur), réunis au sein du holding SPS (Société du personnel du Seuil), que l'on découvre. «Un milieu de cathos de gauche où il est malséant de parler d'argent. C'est plutôt une question de principe», résume Me Ladreyt qui a défendu 13 anciens actionnaires.
«Opération légale mais immorale»
En 2002 donc, la direction leur propose de racheter leurs titres à 10 euros l'action. Un geste présenté comme une opportunité, ces actions étant «peu liquides», donc difficiles à vendre, même si le prix proposé n'est guère généreux : il valorise l'ensemble de la maison d'éditions à 16 millions d'euros, soit moins que sa seule trésorerie disponible (23 millions). En 2004, les éditions La Martinière rachèteront le Seuil sur la base de 98 euros l'action : un prix multiplié par cinq




