Samedi, une centaine de manifestants se sont rassemblés, au bois de Boulogne pour rendre hommage à Jessyca Sarmiento, prostituée trans péruvienne de 38 ans fauchée par une voiture le 21 février vers 2 h 30 du matin, en plein milieu du bois, alors qu'elle travaillait. Une enquête pour «homicide volontaire» a été ouverte mais, à ce jour, aucun suspect n'a été interpellé. En quelques jours, le visage de Jessyca Sarmiento est devenu familier pour tous les militants présents, même ceux qui ne l'avaient jamais rencontrée : ses longs cheveux blonds, ses grands yeux bleus et maquillés, son sourire… Comme sa compatriote Vanesa Campos il y a un an et demi, elle est devenue un symbole. Celui d'une «mort injuste dans une société transphobe et putophobe», dénonce Mimi, présidente de l'association de défense des personnes trans Acceptess-T. Les associations de défense des travailleuses du sexe présentes sont convaincues : cette mort, comme toutes les autres, est le résultat des politiques abolitionnistes de l'Etat. Les mots «Clients pénalisés, putes en danger» recouvrent des morceaux de carton un peu partout.
A l'avant du cortège, Giovanna Rincon, directrice d'Acceptess-T, mène la marche. Elle scande : «Schiappa, on veut des droits, pas de blablabla !» «Jessyca assassinée, Etat complice !»
A l'écart, un homme aux cheveux bruns avance en silence, la tête baissée. Severino, 43 ans, est le frère de Jessyca. Il est arrivé du Pérou vendredi et va rester en France jusqu'à ce que le corps de sa sœur soit rapatrié. Il décrit une femme joyeuse, «toujours prête à aider ceux qui sont dans le besoin». Severino n'est pas là «seulement pour Jessyca mais pour toutes les personnes trans. Elles méritent les mêmes droits humains que les autres». Act Up-Paris a rassemblé 1 000 euros pour les frais funéraires et le rapatriement du corps. Jessyca était arrivée en France en avril 2019. La prostitution était une façon de gagner sa vie en attendant de pouvoir devenir cuisinière. Elle était accompagnée par l'association Acceptess-T pour obtenir un titre de séjour et suivait des cours de français depuis janvier. «C'était une femme bien, qui faisait tout pour s'intégrer en France», relate Mimi, un bouquet de roses blanches dans les bras.




