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Nicolas Portal, bel échappé

Publié le 04/03/2020 à 20h46

Le cœur a déraillé une première fois en 2009 : Nicolas Portal était alors cycliste professionnel, un canard du Gers. Le cardiologue l'avait prévenu : «Tu as déjà pris des produits ? Il est temps de me le dire parce que, si tu as consommé des produits hormonaux, je vais vite le voir.» Portal a dit non. Les tests ont dit non. Il a été opéré d'une arythmie. Mis au repos plus de six mois. Son contrat d'équipe a été rompu, preuve qu'il était fini pour le sport. Le médecin a ajouté : «Il y a un risque… Est-ce que tu veux vraiment continuer le vélo ?» Portal a répondu oui. Ce mardi soir, le cœur n'est pas reparti. Un infarctus à 40 ans. Les pompiers, accourus à son appartement en Andorre où il vivait avec sa femme et ses deux enfants, n'ont rien pu faire. Celui qui était devenu directeur sportif du Team Ineos (ex-Sky), l'un des plus titrés de l'histoire avec six Tours de France, un Tour d'Italie, un Tour d'Espagne, est mort d'un accident du cœur, à l'âge où certains n'ont pas abandonné la compétition sur leur vélo. «Nicolas était humain, au-delà des chiffres», raconte son ami Denis Briscadieu, son mentor. De fait, Portal était l'humanisme détonant dans la cohorte réfrigérante et robotique du Team Ineos. L'homme sûr d'une des équipes les plus dominatrices du sport moderne qui compte ses certitudes algorithmées. Il s'en étonnait : après avoir été coureur dans l'équipe britannique, au sortir de son opération du cœur, en 2010, du temps où le Team Sky n'était pas le Team Sky abouti, ses patrons lui avaient offert une place de stratège et meneur de troupes. «Tu vois, tu ne parles pas anglais mais tout le monde te comprend», avait relevé Dave Brailsford, le manager. Pour Portal, c'était un compliment inconcevable.

Photo Philippe GUIONIE

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