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Libération
EDITORIAL

Gratitude

ParLaurent Joffrin
directeur de la publication de Libération
Publié le 19/03/2020 à 20h41

Jamais dans l'histoire sanitaire du pays tant de gens n'ont dû autant à si peu. Puisque nous sommes en guerre contre un virus, les métaphores martiales sont licites : auteur de l'aphorisme, qui sonne mieux en anglais («Never so many owed so much to so few»), Churchill désignait les pilotes de la RAF pendant la bataille d'Angleterre. Nous parlons des combattants du soin pendant la bataille de France. «Ils ont des droits sur nous», a dit Emmanuel Macron, reprenant cette fois une formule de la Grande Guerre (on parlait alors des Poilus). Juste reconnaissance. L'abnégation et le courage des personnels soignants forcent le respect de tous. Les applaudissements qu'on entend aux balcons des immeubles du pays, en passe de devenir rituels, sont le signe d'une profonde gratitude. Ils rappellent les ovations adressées aux policiers pendant les attentats terroristes, même si les choses se sont dégradées depuis. C'est aussi le service public qui est ainsi plébiscité, puisque la grande majorité des hôpitaux sont gérés par la collectivité. Branche décisive de l'Etat-providence, le système de soins instauré en 1945 par le gouvernement issu de la Résistance recueille une approbation massive, que son dévouement en temps de crise renforce de manière spectaculaire. C'est là que la formule churchillienne trouve une application inattendue. «So few», disait-il. Si peu. Depuis des mois, les personnels soignants mobilisés dénoncent le manque d'effectifs et de moyens. Ils ont été écoutés mais peu entendus. Cette carence gouvernementale, qui ne date pas d'hier, explique une partie de l'engorgement noté dans les hôpitaux. On tente de la corriger dans le feu de l'action : un peu tard… S'il est un après-crise différent de l'avant, il consistera d'abord à renforcer et mieux rémunérer ces sauveurs, dont tout un pays observe, dans l'angoisse, la lutte héroïque.

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