Les stratèges d’après-guerre sont toujours les meilleurs. Il fallait attaquer à gauche et non à droite , envoyer la cavalerie tout de suite, concentrer l’armée au lieu de la disperser, etc. Ainsi des stratèges du coronavirus. Il fallait confiner immédiatement, fermer les frontières, tester massivement, etc. On est très savant quand on connaît la suite des opérations ; après coup, les vainqueurs de Waterloo sont innombrables. Pourtant, cette affaire de masques manquants pose quelques questions, qu’il faudra bien examiner une fois la crise apaisée. Le gouvernement peut se défendre en expliquant qu’il eût fallu, pour se doter préventivement de millions et de millions de masques, savoir qu’une pandémie allait se déclarer simultanément partout dans le monde, notamment en Chine, grande pourvoyeuse de masques de protection, qu’elle a d’abord utilisés pour elle-même. Les économies de bouts de chandelle réalisées à partir de 2011 semblent être la cause immédiate du rationnement des masques en question. De toute évidence, on s’en est remis avec trop de confiance à la mondialisation, qui spécialise chaque pays dans ce qu’il fabrique le mieux pour moins cher. Il faut à l’avenir définir les approvisionnements stratégiques qu’on souhaite conserver sur son sol, vaste révision de notre appareil productif.
Mais nombre de contempteurs de cette réduction des coûts étaient les mêmes qui protestaient à cor et à cris, depuis longtemps, contre les dépenses «insupportables» que le secteur public infligeait au budget de l’Etat, c’est-à-dire aux contribuables. Vérité en deçà du coronavirus, erreur au-delà…
Plus gênante est la réaction à chaud des pouvoirs publics. Ils avaient justement promis transparence et véracité de l’information. Face à la pénurie de masques, ils ont expliqué de manière alambiquée que ceux-ci n’étaient pas très utiles, alors que l’explication était plus triviale : on les déclarait superflus parce qu’on n’en avait pas. On voulait éviter panique et marché noir du masque blanc ? Sans doute. Mais on a aussi écorné la confiance de l’opinion dans la parole publique.




