De son propre aveu, la période est «très particulière». Un mélange de défiance et de suspicion à l'égard des autorités, souvent soupçonnées de n'avoir pas su parer à la crise du Covid-19. Si le gouvernement a été vivement critiqué sur sa gestion des stocks de masques et son incapacité à multiplier les campagnes de tests, c'est désormais au tour des élus locaux de collectionner les avertissements. Contacté par Libé, un conseiller juridique, qui préfère garder l'anonymat, a vu son activité fortement décuplée : «C'est difficile à quantifier, mais nous avons une accumulation de coups de fil et de mails d'élus inquiets et, surtout, totalement démunis face aux nouvelles problématiques qui apparaissent.»
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Ces deux derniers mois, son activité dans une structure de conseil a notablement évolué. «Au début du confinement, on a été saisis de questions autour des chantiers : comment les suspendre, et avec quelles répercussions financières ?» Depuis début mai, les demandes concernant la réouverture des écoles ont explosé. Les élus tentent de cerner ce qui pourrait, en cas de contamination nouvelle, engager leur responsabilité, «tant administrative que pénale». «Concrètement, les maires veulent savoir ce qui leur arriverait au cas où on leur reprocherait d'avoir mal désinfecté les locaux, des choses comme ça. Potentiellement, cela pourrait entrer dans les fameux délits non intentionnels prévus par la loi Fauchon de 2000, mais encore faudrait-il pouvoir démontrer un lien de causalité, voire une faute de la collectivité. Or cela paraît difficile de prouver la date et le lieu de contamination.»
En envoyant son protocole de déconfinement le 4 mai, soit à peine une semaine avant la reprise des cours, le ministère de l'Education nationale n'a rien fait pour alléger le fardeau des élus : «Les décisions ont été prises très vite, avec un nombre d'aménagements conséquents à inventer.» La prorogation de l'état d'urgence sanitaire, le 12 mai, a en outre complexifié encore un peu plus l'embrouillamini législatif. «Ce qui est sûr, observe notre juriste, c'est que les maires non réélus qui s'apprêtent à passer la main aux nouvelles équipes sont sacrément soulagés.»




