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Libération
édito

Pugilat

Publié le 26/05/2020 à 20h36

Sur le feuilleton incandescent de la chloroquine, peut-on désormais inscrire le mot «fin» ? Va-t-on, au bout du compte, savoir, comme dans les Tontons flingueurs, «qui c'est Raou[lt]» et si ses thèses sont «éparpillées façon puzzle» ? Pas encore. Mais toute personne un tant soit peu rationnelle se prend à douter des effets réels de cette molécule. La revue scientifique The Lancet vient de jeter un gros pavé dans la mare du professeur Raoult : sur la base d'une étude internationale massive, elle conclut à une absence d'efficacité prouvée de la chloroquine et met en garde contre ses effets secondaires. L'OMS a émis une opinion semblable. Du coup, le Haut Conseil de la santé, qui épaule le ministère, a proscrit son utilisation à l'hôpital. Avis prudents, donc, qui viennent contredire, en grande partie, les proclamations péremptoires dudit Raoult. Lequel n'est pas avare de commentaires furibards. L'étude du Lancet, dit-il avec son habituel sens de la nuance, est «foireuse», le conseil scientifique qui aide le gouvernement, «c'est Pétain». Cette polémique, au bout du compte, tourne à la pantalonnade. Au lieu d'un débat scientifique, on voit se développer depuis des semaines un pugilat étrangement politisé. D'un côté, les «pro-Raoult», faction énervée qui applique à la médecine le schéma funeste des «petits contre les gros», des «gens d'en bas» contre «ceux d'en haut». De l'autre, la grande majorité des pontes de la médecine, dont on voit mal pourquoi ils refuseraient un traitement clairement favorable aux malades s'ils n'avaient des doutes sérieux sur son effet bénéfique. Peut-être serait-il temps de mettre fin à cette farce sur fond de tragédie. Seule une étude menée dans les règles de l'art, dotée d'un groupe témoin, permettra de trancher. En attendant, plus que force et que rage, prudence et modestie devraient s'imposer naturellement.

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