«Je guette la scène où Gilles Le Gendre recroisera le Premier ministre et lui donnera du "mon cher Edouard"», glisse cruellement un député LREM. Le président du groupe échappera, certes, mardi matin, à cette entrevue inconfortable, le petit-déjeuner hebdomadaire des piliers de la majorité ayant été annulé. Mais Le Gendre devait se rendre à Matignon, ce lundi soir, pour une réunion prévue de longue date sur les deux projets de loi «sur la dette sociale et l'autonomie». Mardi à 10h30, c'est une autre confrontation qui attend le chef de file des députés LREM, cinq jours après la publication dans Marianne, d'extraits de notes adressées fin mai au président de la République. Il lui livrait notamment ses pistes «sur le casting d'un nouveau gouvernement» pour remplacer à Matignon un Edouard Philippe qui essuie, au passage, plusieurs critiques.
Nombreux à s'être étranglés, les députés LREM attendent les explications de l'intéressé. «Il a eu des propos très maladroits sur les membres du groupe», rappelle Anne-Christine Lang, alors que Le Gendre écrivait dans sa note n'y voir «aucun candidat crédible» pour Matignon. Certains ont demandé de pouvoir assister physiquement à la réunion du groupe en visioconférence. Mais leur président n'a pas répondu dans les boucles Telegram depuis un message envoyé vendredi pour dénoncer les «contre-vérités et interprétations tendancieuses» de l'article de l'hebdomadaire.
«Un président de groupe a toujours été le mal-aimé»
Selon son entourage, Le Gendre, qui préparait lundi son intervention, est déterminé à conserver son poste. «Il doit tirer les conclusions et remettre son mandat entre les mains du groupe, quitte à se représenter, suggère François Cormier-Bouligeon. Je ne suis pas dans une démarche personnelle contre Gilles Le Gendre mais s'il ne se passe rien dans la séquence, il prend le risque d'un schisme.» «Il ne peut pas rester, la pression sera forte. Mais il faut voir comment on organise les prochaines semaines», estime Anne-Christine Lang. A trois semaines du second tour des municipales, alors que LREM est fragilisé par les départs de députés pour deux autres nouveaux groupes, le moment semble peu propice. Quelques-uns plaident pour confier l'intérim à Marie Lebec, vice-présidente du groupe, ou à sa doyenne, Danièle Hérin, avant de tenir une élection en juillet, de façon à laisser passer les municipales et le probable remaniement.
Pour d'autres, le groupe ne peut se permettre ces nouvelles turbulences. «Alors que les Français traversent une crise inédite, est-ce le moment de se lancer dans une compétition interne alors que le Parlement ne se réunit toujours pas dans des conditions normales ? Non. Les vicissitudes de la présidence d'un groupe parlementaire n'intéressent pas les Français», prévient Hugues Renson. «Le groupe a beaucoup plus à gagner à se rassembler qu'à se diviser sur des histoires secondaires», tranche Richard Ferrand interrogé par Libération. Le président de l'Assemblée nationale a parlé avec Gilles Le Gendre vendredi et dimanche mais il dément fermement lui avoir conseillé de démissionner. «Un président de groupe a toujours été le mal-aimé, des origines à nos jours», relativise celui qui avait occupé le poste au début du quinquennat.
«Ça peut faire pschitt»
L'actuel chef de file ne fait pas, loin de là, exception. «Un président, d'autant plus en position fragile, ne devrait pas dire ça», assène un marcheur. «Cet épisode fâcheux s'ajoute à une série de maladresses et d'initiatives obséquieuses. L'autre jour, il nous a demandé d'applaudir le Premier ministre en visioconférence…» se désole un autre.
Au-delà du contexte délicat, d'autres soulignent le caractère imprévisible du groupe, lors des élections internes. En témoigne la récente désignation de Thomas Mesnier comme rapporteur du budget de la Sécurité sociale. Celui-ci, présenté comme le candidat «officiel», l'a emporté mais le match serré face à Claire Pitollat a surpris tout le monde. Si bien que certains prédisent que la réunion de groupe ne virera pas au règlement de comptes annoncé et que l'affaire peut se dégonfler. «Ça peut faire pschitt», pronostique l'un d'eux. Un de ses collègues: «La technique de l'édredon peut être efficace… à court terme.»




