Ils sont une petite dizaine à faire face à la presse, timides, se tenant la main. Il y a les cinq enfants de Cédric Chouviat, dont certains sont à peine entrés dans l'adolescence. Mais aussi ses parents, sa femme, sa sœur, alignés, unis. Mardi, ils tenaient à réagir, accompagnés de leurs avocats, aux retranscriptions d'enregistrements révélées lundi par le Monde et Mediapart, sur lesquelles on constate que le chauffeur-livreur de 42 ans agonise, après une clé d'étranglement et un plaquage ventral, criant «j'étouffe» à sept reprises.
«On attend une réponse solennelle du Président, dit Sofia Chouviat devant une vingtaine de caméras. On ne comprend toujours pas pourquoi les quatre policiers impliqués dans la mort de mon père n'ont pas été suspendus.» Puis, amère : «Et pourquoi la technique de la clé d'étranglement est-elle toujours autorisée ?» Il y a quelques jours, Christophe Castaner a décidé de l'interdire, avant de se raviser sous la pression des syndicats de police. «Ces pressions, exercées également sur la justice lorsqu'elle enquête, sont lamentables, enchaîne l'un des avocats de la famille, Arié Alimi. Il est plus que temps que ce type de comportement change, de même que les réflexes récurrents de mensonge de la part de l'administration. Dans ce dossier, la préfecture de police a menti dès les premières heures, en expliquant que Cédric Chouviat avait insulté les agents, et qu'il était menaçant. C'est faux.»
Sur les retranscriptions des deux films de l'interpellation du 3 janvier, captés par Cédric Chouviat lui-même et par une policière, on entend quelques provocations ironiques du chauffeur-livreur, «c'est vous, les clowns», «guignols», mais ni insultes ni menaces. Pour Arié Alimi, «il existe chez les policiers une tentation du chantage à l'outrage. Ils profitent de la dissymétrie du rapport de force avec les citoyens pour enclencher cet engrenage et justifier ensuite des techniques d'interpellation violentes. Cédric Chouviat était déjà cliniquement mort quand il était sous les policiers, le 3 janvier, alors qu'ils exerçaient un plaquage ventral [son décès a été prononcé officiellement à l'hôpital, le 5 janvier, ndlr]. Une manipulation qui suivait un autre geste dont la dangerosité est documentée, la clé d'étranglement, qui a conduit à la fracture hémorragique du larynx de Cédric Chouviat.»
Interrogé mardi matin par l'AFP, Thibault de Montbrial, l'avocat de deux des policiers impliqués dans l'interpellation, a affirmé que ses clients «n'ont pas entendu» les suppliques du chauffeur-livreur. Placés en garde à vue et auditionnés à l'IGPN le 17 juin, les quatre fonctionnaires n'ont à cette heure pas été mis en examen, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne le seront pas. Ouverte pour «homicide involontaire», l'instruction «doit être requalifiée des chefs de coups mortels ayant entraîné la mort sans intention de la donner», estime William Bourdon, autre conseil des Chouviat. «Nous saluons le travail des juges d'instruction, qui ont déjà énormément progressé. Nous savons que mettre en cause la police n'est pas aisé pour la justice. Il ne faut pas que cette affaire ne soit qu'un feu de paille. La justice doit faire son aggiornamento, afin de ne pas retomber dans cette forme d'inconscient collectif.»




