Que Jean Castex rencontre les députés et sénateurs macronistes, lundi soir à Matignon, ne devrait pas étonner. Devenu chef de la majorité en même temps que du gouvernement, le nouveau Premier ministre a bien des chantiers à évoquer avec les parlementaires. Il n'empêche : le rendez-vous semble fait pour marquer une attention dont, sous la précédente équipe, la majorité s'est parfois sentie frustrée. C'est aussi pour «établir une relation de confiance avec eux» que Castex devait rencontrer, lundi, les présidents des trois assemblées : Sénat, Assemblée nationale et Conseil économique, social et environnemental.
«Direction du groupe défaillante»
Si Edouard Philippe revendiquait de «ne pas se mêler» des affaires parlementaires, son successeur a aussitôt envoyé le signal inverse : «Le plus important, c'est ma relation avec la majorité parlementaire, a-t-il déclaré dimanche au JDD. Celui qui accepte de devenir Premier ministre est, par vocation, le chef de la majorité : c'est son devoir de l'animer et de l'associer, dans l'écoute et la pédagogie.» Un propos qui tranche avec l'attitude revendiquée du Havrais : devant ses troupes, celui-ci avait récemment contesté toute «volonté de Matignon de s'immiscer dans la vie de la majorité». Estimant, complétait son entourage, que «l'exécutif n'a pas à se mêler des affaires de la majorité, parce que ce n'est pas son rôle et qu'il le fait mal. Il doit être dans l'animation, passer du temps avec les députés, mais pas être dans l'organisation».
Pour autant, les amis du Premier ministre contestaient tout désintérêt pour la vie de la majorité, jurant même que Philippe assurait auprès d'elle «tout un travail qui ne devrait pas être le sien, parce que la direction du groupe est défaillante». Les relations étaient notoirement mauvaises entre le chef du gouvernement et le président du groupe LREM à l'Assemblée, Gilles Le Gendre. Dans une note confidentielle au chef de l'Etat, récemment révélée par Marianne, ce dernier réclamait même le remplacement de Philippe.
Dénaturer la promesse du macronisme
De son changement de méthode, Castex a voulu donner une première preuve : si Philippe n'avait pas jugé utile d'adhérer à La République en marche, lui a rejoint le parti présidentiel ou s'apprête à le faire. «Il me semble naturel de m'inscrire sans ambiguïté dans le mouvement majoritaire qui soutient l'action du président», a-t-il expliqué. La non-adhésion de Philippe, juge un membre important du groupe LREM à l'Assemblée, avait été «une immense erreur, que nous l'avons laissé commettre. Car derrière, prospérait le soupçon qu'il nous considérait comme un accident de l'histoire. Ses protestations de loyauté à l'égard du président ne pouvaient pas suffire à le compenser».
A ce point près, le nouveau Premier ministre se trouve, vis-à-vis de sa majorité dans une situation similaire à son prédécesseur en 2017 : mal connu d'eux, l'ex-LR vient d'un autre camp que la plupart de ces parlementaires, et n'a pas soutenu Emmanuel Macron lors de la dernière présidentielle. Comme Philippe, il sera soupçonné par une partie d'entre eux de dénaturer la promesse originelle du macronisme, celle d'un dépassement d'un clivage ou en tout cas d'un bon équilibre entre les sensibilités internes. Le contexte est peut-être plus délicat encore pour Castex, dont l'arrivée coïncide avec une crise ouverte au sein de la majorité. Affaiblie par le départ de certains députés et la création de groupes périphériques, démoralisée par sa défaite aux municipales, celle-ci, déplore l'un de ses membres, a «totalement perdu son identité». Pour Castex, ce n'est pas le moindre des chantiers.




