Sa blouse blanche gît sur la même chaise depuis trois mois. Juste là, objet-vestige de la salle de consultation silencieuse et désormais figée de l'avenue Boileau, au cœur du quartier populaire de Bois-l'Abbé, à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne). Hakima Djemoui l'observe comme une relique d'un autre temps, pourtant si proche, où la «vie avait encore du sens», ses quatre enfants leur père, et les patients un médecin de quartier. Le 2 avril, son mari, Ali, est mort du Covid-19. Elle était son «bras droit» au cabinet. «Après l'enterrement, je me torturais en me demandant pourquoi je n'étais pas morte à sa place, raconte-t-elle, les yeux rivés sur l'assise. On pratiquait les mêmes gestes barrières. On portait nos masques le même nombre d'heures à cause de la pénurie. J'ai culpabilisé d'être en vie.» Ses émotions ont depuis cristallisé en rage. «J'ai réalisé que rien n'était de ma faute et qu'il n'y avait qu'un seul responsable, l'Etat. Je veux qu'on respecte le sacrifice de mon époux, qu'on reconnaisse l'abandon des médecins de ville et les erreurs des politiques.»
Enquête
Covid-19 : «Je veux qu’on reconnaisse l’abandon des médecins de ville»
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Trois familles de généralistes morts du coronavirus témoignent à l’occasion de la fête nationale, où un hommage est rendu aux soignants. En colère, ces proches interpellent l’Etat, rappelant que les libéraux ont fait face à l’épidémie dépourvus de masques.
La veuve du Dr Djemoui, mort du Covid, dans le cabinet médical de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), dimanche. (Photo Lucile Boiron pour Libération)
Publié le 13/07/2020 à 19h51
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