Il est cinq heures ce vendredi matin, Paris ne s'est pas encore éveillé mais Jacky a déjà garé sa «grumière» au bord du parvis de Notre-Dame. Un immense camion chargé de troncs, les «grumes», équipé d'une grue et d'une pince. Dans la lumière blanche de l'éclairage de chantier équipant le véhicule, la pince attrape une grume, la soulève, la fait pivoter, la dépose. Pas de ballant, pas d'hésitation, précis.
Arrivent les pièces de charpente. Au fond de la remorque, la plus longue, l'entrait, quatorze mètres. La voilà dans l'air, un élégant quart de tour, atterrissage en douceur. Magique. «Jacky, notre chauffeur forestier, c'est un artiste», dit François Calame, le fondateur de Charpentiers sans frontières. D'habitude, Jacky travaille en forêt. «C'est la première fois que j'apporte une grumière dans Paris, dit-il avec le petit rire de quelqu'un qui a fait un truc drôlement osé. Bon, il va falloir que je parte parce que j'avais le droit que jusqu'à 7 heures.» Il est 7 h 10.
Pour les Journées européennes du patrimoine, l'association Charpentiers sans frontières a obtenu l'autorisation de montrer, sur le parvis de la cathédrale, les techniques médiévales de charpente. Les bois équarris à la hache, l'assemblage d'une «ferme», l'élément de base en triangle, par tenons et mortaises