«On retourne en cours en plein confinement et rien n'a changé.» A quelques mètres du lycée Colbert, Zoé fulmine. Elle a 18 ans et est élève en terminale dans l'établissement parisien du Xe arrondissement, qui accueille environ 750 élèves. Au lendemain de la rentrée, ils étaient plusieurs centaines, comme elle, à s'être rassemblés pour protester contre l'insuffisance des mesures sanitaires dans le milieu scolaire pour endiguer la propagation du Covid-19. En tout, «une dizaine d'établissements parisiens» étaient perturbés ce mardi matin par des blocages ou tentatives de blocage, selon le rectorat de Paris. «On est là depuis 6h30, il fallait qu'on dise que la situation n'est pas normale. On a l'impression que le gouvernement s'en fiche de nous mettre en danger si c'est pour sauver l'économie», s'indigne Zoé, d'une voix nerveuse et assurée. Elle porte un sweat noir à capuche qui dissimule légèrement ses yeux constellés des restes du gaz lacrymogène qu'elle vient de recevoir.
A Colbert, les adolescents venus de lycées différents scandent leurs revendications avec le rappeur Lorenzo en fond sonore. L'ambiance est malgré tout pesante : les forces de l'ordre sont intervenues rapidement, dispersant les jeunes manifestants. Dès 10 heures, les cours ont repris quasiment normalement, selon un membre de l'équipe pédagogique. La pancarte en carton «Le Covid ne s'arrête pas aux portes», placardée à l'entrée, n'a pas tenu la matinée.
«A 35 collés serrés dans une classe»
Mais les élèves, prostrés sur le côté, n'ont pas décoléré pour autant. «Macron met un couvre-feu, interdit qu'on sorte, par contre on peut être à 35 collés serrés dans une classe où les fenêtres et portes sont souvent fermées», ironise Leïla, 16 ans, en classe de seconde. Elle parle à toute vitesse, raconte qu'il manque parfois du gel «surtout à l'entrée des classes, sauf qu'on continue à se lever pour aller au tableau et toucher le même stylo que tout le monde». «A la cantine on enlève nos masques, on mange les uns à côté des autres, c'est blindé, ça n'a pas de sens», complète Rose, 15 ans, les cheveux coupés court dissimulés sous un épais bonnet noir. «Moi, je ne veux pas contaminer ma famille, je tiens à eux. Pourquoi on ne peut pas avoir cours en demi-groupe ?» tempête-t-elle sous son masque.
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Dans un communiqué, l'association de parents d'élèves FCPE Paris 75, a également dénoncé un protocole sanitaire «inapplicable en raison du trop grand nombre d'élèves par classe dans la plupart des établissements», déplorant que les élèves soient «toujours entassés dans leur classe» et soulignant avoir du mal à comprendre une telle «promiscuité» entre eux alors qu'ils sont «par ailleurs privés de leur vie sociale». Sur Twitter, la colère monte aussi. Depuis lundi, enseignants et élèves ont publié sur le réseau social des dizaines de vidéos et photos censées démontrer la légèreté de mesures sanitaires avec le hashtag #BalanceTonProtocole.
Ilam, 16 ans, élève au lycée Diderot dans le XIXe arrondissement, ne comprend pas qu'on laisse les élèves «s'agglutiner dans les couloirs ou dans la cour». Elle regrette que son lycée ne se soit pas plus mobilisé ce matin et a souhaité venir prêter main-forte aux autres : «On est tous concernés ! On nous fait culpabiliser en nous disant qu'on est responsables de la diffusion du virus et on nous oblige d'aller en cours où on n'est pas protégés», proteste-t-elle. Un peu plus tard dans la matinée, une petite dizaine de lycéens se sont retrouvés alignés en file indienne par les forces de l'ordre dans une rue adjacente. Selon le commissaire en charge de l'opération, une «quarantaine» ont été ainsi verbalisés pour «non-respects des règles de distanciation sociale et de port du masque liées à l'épidémie de Covid-19». Cocasse.
Tous les prénoms des mineurs ont été changés.




