A quoi songe Eric Dupond-Moretti, assis au tout premier rang au côté du Premier ministre, Jean Castex, en cette audience solennelle de rentrée de la Cour de cassation, lundi ? Quelles pensées agitent le ministre de la Justice - qui n'a jamais caché ses relations houleuses avec les robes rouges du temps où il écumait les prétoires en robe noire - lorsque Chantal Arens, la première présidente, évoque cette «crise de légitimité» traversée par l'institution judiciaire «régulièrement interrogée, certains cherchant même à faire naître le doute» ? Ou quand François Molins, le procureur général, rappelle que «le juge ne peut se substituer au politique et le politique ne peut s'immiscer dans l'office du juge» ?
Cette année, le traditionnel raout de la rentrée judiciaire, qui accueille habituellement jusqu'à 600 invités, avait une saveur particulière, entre crise sanitaire et crise institutionnelle, acmé de plusieurs mois de tensions crescendo entre les juges et leur ministre. Ironie du calendrier : le garde des Sceaux était installé à quelques mètres de François Molins, un des plus hauts magistrats de France, qui avait annoncé trois jours plus tôt l'ouverture imminente d'une enquête (c'est fait depuis mercredi) contre lui pour «prise illégale d'intérêts».




