Les habits neufs d'une privatisable
Le retrait de l'État d'Usinor-Sacilor ne suscite aucun remous dans des usines qui ont vécu une mutation bien plus profonde: la quasi-disparition des cols bleus, remplacés par des techniciens autour des hauts-fourneaux.
- «La privatisation? Pfff! Il y a belle lurette qu'on est géré comme une boîte privée. La concurrence, la productivité, on connaît.» Du patron à l'ouvrier, chez Usinor-Sacilor, on n'est pas loin de penser la même chose: le monde des sidérurgistes n'est plus ce qu'il était. D'ailleurs, il n'y a même plus d'ouvriers chez Sollac, la branche produits plats du groupe. Sur les sites de Florange (Lorraine) et de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), le collège des ouvriers a été tout simplement supprimé depuis quatre ans. Les opérateurs d'aujourd'hui sont devenus des techniciens. L'image des «gueules» rougies par le feu autour des hauts-fourneaux a jauni. En dix ans, le monde de l'acier a basculé. Les «technologues» ont pris le pouvoir. Aujourd'hui Sollac se vante de posséder le plus gros projet d'intelligence artificielle d'Europe et un centre de calcul plus important que celui du Cnes sur la base de Kourou.
Roland, 50 ans, travaille depuis longtemps à l'aciérie de Florange. Hier embauché pour sa force physique, il se retrouve aujourd'hui devant une batterie d'écrans informatiques et vidéo. Il ne se déplace plus à proximité des immenses poches d'acier rougeoyant mais passe ses huit heures dans une cabine climatisée à 15 mètres du sol, ave




