Keynes écrivait en 1931: «Je crois profondément que notre destin est entre nos mains et que nous pouvons sortir de cette crise si nous effectuons les choix adéquats, ou plutôt si ceux qui détiennent l'autorité de par le monde le font.» N'est-ce plus vrai aujourd'hui? Notre avenir dépend-il encore de nous?
De toutes parts, j'entends dire que les marchés exerceraient une magistrature vigilante sur les politiques économiques. Leur jugement prompt et immédiatement accompagné de sanctions oblige les gouvernements à la rigueur, notamment budgétaire. En un sens, cela équivaut à dire que le pouvoir aurait changé de mains et qu'il serait maintenant dans celles, multiformes, des marchés financiers. Certains s'en réjouissent, parce que la principale qualité des gouvernements n'est pas la vertu financière et que, d'autre part, la mondialisation des marchés des capitaux permettrait une meilleure affectation de l'épargne aux besoins d'investissements planétaires.
Mais est-ce bien sûr? Les marchés sont trop fréquemment préoccupés du court terme. S'ouvre ici un véritable conflit d'horizon, celui de long terme d'une société, celui de termes variables des marchés.
Mais aussi un conflit d'intérêts. Quels sont les intérêts sur lesquels veillent les marchés financiers? Le marché est un lieu fictif où se rencontrent offreurs et demandeurs de capitaux; et c'est généralement le côté court du marché qui impose sa loi. Il est ainsi évident que les marchés sont prompts à refléter la moindre inquiétude de




