Une Indienne épluche mécaniquement un sac de pommes de terre. Une autre récure de grands chaudrons, tandis que la troisième met à jour le livre des comptes, s’appliquant à aligner des colonnes de chiffres et les noms des «exonérés», les plus pauvres parmi les pauvres de la paroisse Saint-André, dispensés de payer les 45 centavos (1 franc) du repas. Il flotte dans le comedor (restaurant) popular des promesses de bouillon. Trinidad, 35 ans, collaboratrice du curé, démonte le schéma économique de cet exemple d’autogestion alimentaire comme il en existe des milliers dans les bidonvilles et les cités prolétaires du Pérou. «Les femmes du quartier font la cuisine à tour de rôle. Les aliments sont fournis par l’association Caritas International et par la Pronaa (Programme national d’aide alimentaire) ou achetés en gros dans les coopératives agricoles. Notre comedor prépare 180 repas par jour. Les gens ne mangent pas sur place: les ménagères viennent chercher et ramènent à la maison les portions toutes prêtes pour leur famille. Il y a beaucoup d’autres restaurants de ce genre dans la commune, au moins un par pâté de maison.»
Huaycan se revendique «communauté urbaine autogestionnaire». Ce n'est plus un bidonville, mais pas encore une municipalité dans la hiérarchie administrative. Si tout va bien, l'agglomération obtiendra un jour le statut de «district», ce qui évitera à ses 70.000 habitants d'avoir à retourner dans leur localité d'origine pour remplir leur devoir électoral, la cité




