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L'economie et la politique. L'Europe, alibi des excès de rigueur de la France

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ParJean-Paul Fitoussi
Professeur à l'Institut d'études politiques de Paris.
Publié le 18/04/1995 à 2h56

L'economie et la politique. Nos hommes politiques candidats à l'élection présidentielle seraient-ils hypocrites? Pour Denis Cohen, ils feignent de dominer la question des augmentations de salaires, alors qu'elle leur échappe totalement. Pour Jean-Paul Fitoussi, ils masquent derrière les exigences du traité de Maastricht leur absence de volonté politique de construire l'Europe.

L'Europe, alibi des excès de rigueur de la France Faut-il construire l'Europe ou réunifier la société française? Telle est l'étrange question qui traverse implicitement le débat de politique économique en France depuis plusieurs années. Il faut savoir gré au Président Valéry Giscard d'Estaing de l'avoir posée avec clarté récemment. Comment entendez-vous ­ demande-t-il aux candidats ­ résoudre la contradiction qui existe entre les exigences de la lutte contre le chômage et celles de la marche vers l'Union économique et monétaire? Voilà qui est clair: l'Europe ne pourrait se faire que contre l'emploi, la création de la monnaie unique, aux dépens de la société. Comment en sommes-nous arrivés là?

C'est qu'en réalité l'Europe a servi d'alibi aux excès de rigueur de la politique économique de la France depuis une dizaine d'années, il fallait lutter contre l'inflation dans les années quatre-vingt; l'Europe et, plus particulièrement, le Système monétaire européen (SME), nous imposait cette souffrance. Il fallait gérer de façon coopérative le choc de l'unification allemande ­ c'est-à-dire aller vers plus d'Europe

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