Dans ce coin du Midi de la «planète des toros», Arles se prend pour
Séville, Nîmes se prend pour Nîmes et Béziers ne se prend pour rien. C'est ce qui fait son charme. Les deux premières s'enorgueillissent de leurs arènes romaines. Celles de Béziers, sur le plateau de Valras, datent du siècle dernier et affichent une architecture composite de brique rouille qui sent son Espagne toute proche. Les amphithéâtres d'Arles et de Nîmes s'offrent au premier venu dans le lacis de la ville; le ruedo de Béziers se mérite au bout des longues avenues Saint-Saëns et Emile-Claparède (gloire radicale locale et sénatoriale), pentues et écrasées de soleil. Comme il convient pour tout rite un peu vénérable.
D'aujourd'hui à mardi, donc, Béziers est le lieu de la féria de l'Assomption (1). Soeur Marie-Rosalie, la cinquantaine robuste et avenante, entre vêpres et matines, sera là pour toutes les corridas. «Je ferai certes toutes mes dévotions à la Vierge Marie. C'est ma conscience professionnelle à moi, mon "pundonor, pour ainsi dire" Mais les toros, j'y suis tombée dedans à ma naissance. Alors, je ne crois pas que la Bonne-Mère y trouve à redire!» On ne sait si soeur Marie-Rosalie connaît cette formule de Marcel Mauss, «le rituel est un sacrilège qui réussit», mais sa bonne santé spirituelle épouse d'instinct le vieux fonds païen immémorial de ces gens du Sud qui se dresseraient comme une muraille si, d'aventure, l'Europe de Maastricht s'avisait de faire interdire la corrida.
Helmut, lui, vient de




