Il ne fait pas encore jour, ce mardi matin, lorsque le chef de la
«brigade des voies» pousse la porte de la gare de Montrichard, petite bourgade du Loir-et-Cher. Les néons des guichets viennent tout juste de s'allumer. «Tu peux me libérer la deux, à hauteur du passage à niveau de Thésée? Mes gars vont y travailler.» Le chef de gare acquiesce. Il n'y aura pas de train sur la voie n$2 reliant Vierzon à Tours, jusqu'à 9 heures. Le temps pour la «brigade» les cheminots rattachés à l'équipement de la SNCF de remplacer une portion de rail. Un défaut a été repéré. En bleus de travail et gilets fluo, les «gars» alignent le matériel sur le ballast: thermomètre, creuset en fonte et pinces-monseigneur géantes. Il y a là le soudeur, le responsable sécurité et les manoeuvres, qui vont sans arrêt faire le va-et-vient sur le rail en tirant le «réchauffeur», un engin relié à deux bonbonnes de gaz nécessaire pour dilater le tronçon. Et puis, à cent mètres des autres, il y a l'«annonceur», autre métier typique du monde des cheminots. Sa mission: prévenir les autres du passage des trains sur l'autre voie. Dans son carquois, il porte une trompette, des fanions blanc ou rouge et des pétards. L'équipe, composée de sept hommes, est au complet. Les paroles échangées sont brèves.
Le moral est bon? «Non. Il n'est pas bon». Les cheminots ruminent. L'entente n'est plus ce qu'elle était. «Forcément, on est moins nombreux.» Marc, vingt-cinq ans de métier derrière lui, apporte parfois des tartes qu'il




