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Egalité et équité

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ParJean-Paul Fitoussi
Professeur à l'Institut d'études politiques de Paris.
Publié le 30/10/1995 à 8h51

Sous l'impulsion, notamment, des travaux de Pierre Rosanvallon, la notion d'équité a acquis une place importante dans le débat français. Mais apparemment, elle est mal comprise, ou en tout cas mal utilisée, puisqu'elle est fréquemment opposée à la notion d'égalité. Je voudrais revenir sur ces concepts, car les discussions actuelles sur la protection sociale ne vont pas sans poser de problèmes d'ordre éthique.

Le concept d'égalité, lorsqu'il n'est point précisé, est vide de substance. La question «pourquoi l'égalité?», pour importante qu'elle soit, ne constitue pas le coeur du problème. Comme le remarque Amartya Sen, «l'idée d'égalité est confrontée à deux types différents de diversités: l'hétérogénéité des êtres humains et la multiplicité des variables dans lesquelles l'égalité peut être évaluée». La vraie question est donc «quelle égalité?». Comment, en effet, «se prévaloir de l'éthique si chaque individu ne se voit pas accorder une égale considération dans un certain espace, celui qui est important pour la théorie qu'on défend», ajoute Sen. Pas de théorie sociale, donc ­même critique à l'égard de certains critères d'égalité­, qui ne soit fondée elle-même sur une exigence de l'égalité dans un certain domaine. L'espace auquel peut s'appliquer le concept est multidimensionnel, et la définition de l'égalité dans l'une de ses dimensions implique, au sens causal, l'acceptation d'inégalités en d'autres dimensions. En ce sens, tout discours sur la société est égalitarien.

Par exempl

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