La vie d'Osamu Ueno ressemblait à celle de millions de salarymen japonais, fidèle à la même entreprise, une grande société de commerce (sogo shosha), depuis sa sortie de l'université. A 50 ans, cet employé modèle pouvait légitimement passer en revue avec fierté les étapes d'une carrière bien réglée au service de son entreprise. Mais un jour, Osamu Ueno a été touché par le katataki: on lui a «frappé sur l'épaule». Manière de lui faire comprendre qu'il était temps de quitter le groupe. Le choc. Il raconte: «La direction m'a donné une nouvelle affectation. Mais je me suis rendu compte petit à petit que ma mission était très vague. J'ai commencé à perdre mes repères. Nous étions dix dans le même cas. On nous avait placés ensemble dans une pièce, une sorte de salle de classe, sans chef ni responsabilités...» Coupé du jour au lendemain de son environnement de travail, isolé de ses autres collègues, ne dépendant directement de plus aucune hiérarchie et n'ayant aucune tâche précise à accomplir, Osamu Ueno n'a pas tenu longtemps. Il a quitté l'entreprise dès qu'il a pu retrouver un emploi ailleurs, beaucoup moins avantageux financièrement.
Le katataki n'a pas, bien sûr, la brutalité d'une lettre de licenciement. Au Japon, on ne se débarrasse pas comme ça d'un salarié qui a fait toute sa carrière dans l'entreprise. Mais au bout du compte, le résultat est le même. Le mot est devenu familier dans le vocabulaire japonais. Car cette pratique ne frappe plus seulement les femmes, comme i




