Vite strozzate, les Vies étouffées. Quatre millions d'Italiens,
commerçants, artisans, chefs d'entreprise et salariés se reconnaîtront sans difficulté dans ce film où Vincent Lindon joue le rôle d'un promoteur immobilier détruit par les usuriers. Phénomène naguère marginal, l'usure est en effet devenue un fléau national. Selon un rapport de la police financière publié dimanche, plus de 600.000 familles seraient victimes des «strozzini», de ceux qui vous étranglent. Un marché estimé à plus de 10.000 milliards de lires par an (30 milliards de francs environ) qui a pu se développer aussi parce que, à la différence de la France, aucune loi ne fixe clairement le seuil au-delà duquel on peut parler d'usure.
Les banques portent évidemment leur part de responsabilité non seulement pour concéder le crédit au compte-gouttes et à des taux bien plus élevés que dans les autres pays européens, mais aussi pour s'opposer à toute législation en la matière. Les pouvoirs publics, eux, sont toujours aussi impuissants face à l'évasion fiscale et au recyclage de l'argent sale. Une partie de cette richesse souterraine et illégale, qui fut aussi la force de l'économie italienne dans les années 80, prend de plus en plus les chemins de la rentabilité immédiate. Et il est difficile de trouver plus lucratif que de prêter de l'argent à des taux pouvant aller jusqu'à 15-20% par mois. Dans beaucoup de cas, c'est la mafia qui en tire les ficelles: c'est son moyen le plus rapide de s'emparer de commerces et




