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Libération

Le devoir d'analyse

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Publié le 25/03/1996 à 2h19

On a beaucoup commenté, disséqué, analysé les événements sociaux qui

se sont produits en France. Mais a-t-on relevé les contradictions du discours de ceux-là mêmes qui, après avoir stigmatisé l'égoïsme des «nantis d'un emploi», se sont trouvé les yeux de Chimène pour contempler les manifestants de décembre?

Les intellectuels peuvent-ils modifier leur discours sans explication, et uniquement parce qu'ils pensent que le pouvoir aurait changé de lieu? Lorsque le pouvoir était sous les lambris des palais officiels, ils défendaient la thèse selon laquelle le chômage n'était pas un problème mais une solution, celle qui permettait aux 85% de travailleurs pourvus d'un emploi de ne point partager leurs salaires et leur travail avec les chômeurs. Lorsqu'il leur a semblé que le pouvoir était dans la rue, ils n'ont pas trouvé de mots assez durs pour stigmatiser l'incroyable injustice que constituait la création d'un impôt au taux de 0,5%, plutôt équitablement réparti, puisqu'il portait aussi sur les revenus financiers! Or l'une et l'autre de ces positions sont étonnamment superficielles. Il ne fait aucun sens de dire que la société a choisi le chômage, puisque ce sont les salariés dans leur ensemble qui directement et indirectement en portent le fardeau. Qui aurait fait ce choix? Certainement pas les exclus, et pas davantage les chômeurs; ni les salariés les moins qualifiés, ni ceux qui se trouvent au-dessus, mais dont la condition est précarisée; ni les salariés qui se voient contrain

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