Une façade noirâtre et non identifiée. Une porte poussiéreuse, et,
dans un coin, une babouchka installée avec des tréteaux pour une vente improvisée de pilminis (raviolis russes), de poisson séché et de viande. C'est l'entrée de l'usine de pièces détachées Geophysica, à Moscou. Une entreprise d'État spécialisée dans le spatial et l'armement, créée en 1916, qui se meurt. Faute de commandes et d'argent. A l'intérieur, il règne un froid sibérien; les toilettes ont gelé. L'électricité, parfois, vient à manquer. L'ouvrier fraiseur travaille avec sa chapka, ses grosses moufles et ses bottes. Il jure.
Depuis novembre 1995, les 5.000 employés de Geophysica n'ont pas reçu leur salaire. Cinq mois d'attente, peut-être plus... Malgré les discours de Boris Elstine qui avait promis de régler tous les arriérés de salaire fin mars, histoire de liquider ce lourd contentieux à deux mois et demi de l'élection présidentielle, rien n'est venu. Tant pis pour Boris Nikolaïevitch. Ici, tout le monde votera pour le candidat communiste Zougianov, «parce que ça ne peut plus durer comme ça».
Selon les statistiques russes, 70.000 entreprises seraient dans cette situation. La dette de l'État pour ces sites industriels s'élève à 20,4 trillions de roubles (20 milliards de francs) dont 3.000 milliards de roubles pour le seul poste des salaires (3 milliards de francs).
Incitation à la démission. «Nous nous sommes adressés tant de fois, en vain, au gouvernement. Les gens sont désespérés. Ils attendent les électi




