La plupart des commentateurs continuent de penser les politiques
poursuivies aujourd'hui un peu partout en Europe comme s'inscrivant dans le droit fil de celles qui furent conduites hier. En France, notamment, les traits ironiques ne manquent pas sur le triomphe de la pensée unique. Chassée par la porte, elle serait revenue par la fenêtre, tutelle des marchés oblige. Cette interprétation, fondée sur un contresens, empêche la perception des véritables enjeux des politiques actuelles.
En vérité, c'est au contraire à un changement radical de politique économique que l'on assiste aujourd'hui, singulièrement en France. Un changement peut-être aussi radical que celui que le monde occidental a connu au lendemain du second choc pétrolier. Car si, à l'époque, il s'agissait de lutter contre un regain d'inflation, il s'agit aujourd'hui de tirer les conséquences de ce que l'inflation semble avoir à peu près complètement disparu, conjoncturellement et structurellement. Ce que les politiques avaient hier de dogmatique, c'est qu'elles continuaient, au nom de la raison, de lutter contre un mal qui n'existait plus.
Si l'on prend l'exemple de la France, on peut en effet décrire schématiquement la combinaison des politiques économiques (le policy mix) jusqu'en 1994, comme associant une politique monétaire des plus restrictives à une politique budgétaire d'apparence expansionniste. En l'absence d'inflation, une telle combinaison ne pouvait que conduire à une forte aggravation des déficits publics




