Le procès qui s'ouvre aujourd'hui à Mos-cou permettra-t-il de
résoudre l'affaire «Smir-nov contre Smirnoff»? Depuis cinq ans, Améri-cains et Russes s'affrontent pour la production et la distribution, en Russie, de la célèbre vodka. La bataille oppose d'un côté la société américaine, Heublein, filiale du n°5 mondial de l'agro-alimentaire, le britannique Grand Met qui commercialise déjà la «Smirnoff» dans 138 pays; de l'autre, Boris Smirnov, qui voudrait bien récupérer le business sous prétexte qu'il est l'un des descendants de Piotr Arseneievitch Smirnov, fondateur de la maison au XIXe siècle (Libération du 19 avril). L'enjeu est de taille puisque la Russie constitue le premier marché pour cette boisson nationale qualifiée de «concept philosophique», par Andrei Kozyrev, ex-ministre des Affaires étrangères. «Aucune affaire ne se scelle, aucun accord diplomatique ne marche s'ils ne sont arrosés d'un petit verre de vodka», a-t-il déclaré à l'automne dernier, à New York. Un Russe consomme en moyenne 14,5 litres d'alcool pur par an, soit l'équivalent de 170 bouteilles de vodka d'un demi-litre...
Entre Smirnoff et Smirnov, les ennuis ont commencé en février 1991. A l'époque, les Américains vendaient encore la boisson, assez cher, dans les bériozkas (magasins réservés aux étrangers). Avec la chute du communisme et l'ouverture au commerce international, ils décident de déposer la marque auprès de l'administration russe des licences, Rospatent. Las, Boris Smirnov a été plus rapide. Quel




