Le téléphone sonne. «Non, je ne veux pas d'une cellule de crise. On
dirait que l'entreprise est morte!» René Garrec, président (UDF) du conseil régional de Basse-Normandie raccroche d'un air exaspéré. «On n'est pas en train de gérer Manufrance tout de même...» Vendredi 21 juin, politiques et élus de l'ouest de la France sont toujours sur le pied de guerre, quatre jours après l'annonce de la suppression de 2.600 emplois chez Moulinex, dont 1.800 pour la Basse-Normandie avec fermeture de deux usines, à Argentan, dans l'Orne et à Mamers, dans le nord de la Sarthe.
Ici, dans le berceau historique de la marque, flotte comme un parfum de culpabilité. Tous redoutaient une lourde restructuration, mais tous espéraient encore. Membre du conseil de surveillance de Moulinex, René Garrec se défend d'être resté les bras croisés. «Il y a trois ans, le Crédit lyonnais allait obliger le groupe à déposer son bilan. A l'époque, j'avais demandé au directeur du Trésor, Jean-Claude Trichet, d'avancer 3 ou 400 millions de francs», souligne René Garrec.
Les salariés et syndicats, eux, n'ont pas de mots assez durs pour accuser les politiques de négligence. «Cela fait des mois que nous alertions les élus. Quand on était reçus, c'était pour nous entendre dire: Argentan? C'est foutu», proteste Marie-Gisèle Chevalier, déléguée CFDT du site. «Bien sûr qu'on savait. A deux reprises, en juillet 1994 et février 1996, j'ai posé une question orale d'actualité à l'Assemblée nationale sur le sujet, répond Louis




