«On va nous renvoyer
à nos casseroles!»
Moulinex devait libérer la femme. Aujourd'hui, ses «filles» se sentent «inreclassables».
Avec ce brin de paternalisme qui caractérise encore les usines de l'inventeur du presse-purée, on les appelle «les filles». Par petits groupes, en blouse bleu ciel ou rose, les ouvrières de Moulinex discutent à la sortie de l'usine d'Argentan, condamnée à la fermeture dans moins d'un an. Elles comptent sur leurs doigts les possibilités de se recaser ailleurs, dans une entreprise industrielle proche de leur domicile. «Solex, non... Motta, certainement pas... Et la Soudure moderne? Tu plaisantes, ils chôment trois jours par semaine...» Moments d'angoisse. «On va nous renvoyer à nos casseroles.» Où aller? «On va se retrouver sur le marché du travail au pire moment, à 45 ans, face à des jeunes qui ont le bac. Nous on n'a rien», s'inquiète Ginette, employée à l'emballage.
Sur tous les sites de production de Basse-Normandie, fief de Moulinex, les ouvrières sont majoritaires. A Argentan, elles représentent 82% des effectifs dans les ateliers; plus de 70% à Carpiquet, Bayeux et Saint-Lô; 67% à Mamers. La plupart n'ont aucune formation et cumulent les années d'ancienneté: 77% des salariés de Moulinex affichent plus de seize ans de maison. Le groupe n'embauchant plus depuis des années, la pyramide des âges s'est resserrée: les quadragénaires représentent les trois quarts des «Moulinex».
Au plus bas de l'échelle, les agents de production forment le gros des trou




