Les banderoles ont beau proclamer «Mamers vivra», cela ressemble à
un deuil. «J'ai enterré mon père il y a deux ans. Aujourd'hui, j'ai l'impression de revivre quelque chose d'aussi pénible», soupire la libraire. Commerçants, élus, voisins, jeunes et retraités, les habitants de Mamers ont répondu en masse à l'appel des «Moulinex». La petite bourgade du nord de la Sarthe (6.100 habitants, 80 commerces), si paisible à l'ordinaire, n'en revient pas d'avoir jeté dans la rue, hier, quelque 5.000 manifestants pour une journée «ville-morte» décrétée une semaine après l'annonce de la restructuration du groupe électroménager et la fermeture avant un an de deux sites, à Mamers et à Argentan, dans l'Orne. «Jamais vu ça, jamais vu ça», s'émerveille un retraité, tout rouge d'avoir autant marché. C'est que Moulinex, implantée ici depuis 1966, représente 20% des emplois de la ville...
Un silence écrasant. Pas un bruit, pas un slogan, pas même une exclamation. Rien qu'un silence écrasant. A 10 heures, les 411 salariés de Moulinex sont sortis des ateliers, le ventre barré d'un dossard portant un numéro en grosses lettres noires. De 1 à 411. La foule les attend. Pas de banderoles syndicales. Juste des mots simples reproduits à l'identique. «Mamers, vivra». Les élus ont emboîté le pas aux ouvrières, majoritaires dans l'entreprise. Puis il y a les familles. Puis les infirmières du centre hospitalier, les commerçants, les professeurs, les employés de la Poste, de l'EDF, des ouvrières d'Argentan, un




