Jean-Charles Naouri, actionnaire de référence de Moulinex, est un
«financier froid et calculateur». C'est lui qui le dit, tout en déplorant cette image qui lui colle à la peau depuis une dizaine d'années. Que peut-il y faire? «Rien», car les faits semblent contre lui.
En mai 1994, Jean-Charles Naouri rachète 33% du capital de Moulinex, à 90 francs l'action. Deux ans plus tard, le titre se traîne toujours dans les mêmes eaux. Déçu, Naouri se décide à débarquer le PDG de Moulinex, Jules Coulon. A la place, il installe un «corporate killer», chargé de dégager un milliard de francs de profits d'exploitation en trois ans (après une perte de 1,5 milliard sur les trois derniers exercices). Pierre Blayau ne lésinera pas: le 19 juin, il annonce 2.600 suppressions d'emploi (sur 11.000). Aussitôt, le titre Moulinex gagne 21% en Bourse. Jean-Charles Naouri commence à entrevoir un retour sur investissement.
Pourtant, Moulinex devait permettre d'achever la mue du personnage. Jean-Charles Naouri, estampillé financier de génie, rêve de passer pour un capitaine d'industrie. Cet inspecteur des Finances (avec une touche de harvard) passe pour être le père de la libéralisation des marchés financiers, lorsqu'il était directeur de cabinet de Pierre Bérégovoy. Avec le retour de la droite au pouvoir (première cohabitation), l'enfant de Bône (aujourd'hui Annaba, en Algérie) passe aux travaux pratiques. Il lance un fonds d'investissement, baptisé Euris, qui regroupe sous son seul nom la fine fleur




