Antoine repousse d'une chiquenaude sa casquette et essuie ses mains
maculées de graisse sur son bleu. «Je vais me reposer. Profiter de mon pavillon, jardiner"». Antoine, 51 ans, est ravi: depuis ce matin, il démarre de nouveaux horaires, 32 heures par semaine, sans perte de salaire. Comme les 169 autres ouvriers de Remafer (200 salariés en tout), une PME rémoise spécialisée depuis 1941 dans la fabrication et la maintenance des wagons de marchandises. En prime, l'entreprise, un bastion de syndiqués CGT dirigée depuis l'année dernière par un patron RPR, va embaucher près de 60 personnes en plus. Soit le tiers de ses effectifs de production. Seule contrepartie demandée: le passage en deux huit. Désormais, les ouvriers ne feront plus des horaires classiques mais 6-12h30 ou 12h30-18h (programme allégé le vendredi, 6-12 ou 12-18). «Ça va me forcer à acheter une deuxième voiture. Avant, avec ma femme on s'arrangeait. Pour arriver ici à 6 heures, y'a pas de bus», rouspète Dominique. Mais rares sont ceux qui partagent sa mauvaise humeur.
Remafer est la première société à se lancer dans une telle réduction du temps de travail depuis la nouvelle loi sur le sujet du député UDF Gilles de Robien; c'est aussi le premier accord du genre dans la filière métallurgie. D'ailleurs, la fédération patronale du secteur, la toute puissante UIMM, s'est bien gardée d'applaudir. L'expérience va au-delà des revendications de la CGT qui réclame 35 heures sans perte de salaire! Le syndicat n'a pas dit oui




