Des blouses roses et bleues s'alignent sagement. Chacun prend son
plateau, le pain, les couverts. Rosbif-carottes-pommes de terre au menu. Il est à peine midi, les Moulinex font leur pause-déjeuner dans la cafétéria de l'usine d'Argentan (Orne), petit bâtiment de verre dressé comme un îlot à l'écart des chaînes de fabrication, entre hangars et poids lourds. Les tables sont en Formica rouge, jaune, bleu. Les murs-vitres laissent passer le soleil. Au fond, côté fourneaux, une grosse cuve d'eau bouillante jette des bouffées de vapeur.
Par petits groupes, les salariés s'attablent. On discute du week-end, des impôts, du temps qu'il fait, de tout et de rien. Une tablée d'hommes évoque avec de grands sourires le méchoui du samedi. A côté, des délégués syndicaux discutent médailles du travail. «Ben, hé! 103 francs l'année, au bout de vingt ans, c'est toujours intéressant...» Parfois, des mots viennent perturber le bavardage routinier. Des mots comme réduction du temps de travail, salaire, plan social... «T'es sûre? Sans perte de salaire?», interroge une femme, un gilet jeté sur sa blouse. Réponse vague de son vis-à-vis. «Oui. Enfin, je crois...»
«Ça, c'est la méthode Blayau (le PDG), soupire Sylvie Faucon, déléguée centrale CGT. Des semaines que l'on discute, mais rien n'est concret, rien n'a été négocié. On marche avec des hypothèses.» Trois mois après l'annonce des 2 600 suppressions d'emploi dans le groupe Moulinex (2 100 en France) et la fermeture de deux usines, dont Argentan, l




