Il y eut l'hiver, puis le printemps. L'été. Et maintenant l'automne.
Les saisons passent, les salariés de L'Epée restent cramponnés à leur usine, dernier fabricant français de pendulettes de prestige. Le 4 janvier 1996, cette PME franc-comtoise de Sainte-Suzanne, tout près de Montbéliard, a déposé son bilan. Le 11 avril, le tribunal de commerce a prononcé la liquidation judiciaire et l'occupation des locaux a commencé. Depuis, rien n'a bougé. Dans les ateliers, les corbeilles à papier sont encore pleines, les pièces métalliques dispersées sur les établis. «Comme après Tchernobyl», sourit Noëlle Grimme, déléguée CGT et porte-parole des employés des femmes en majorité, déjà grands-mères pour bon nombre d'entre elles. Après cinq mois de colère, de manifestations, d'allers-retours devant les tribunaux, le liquidateur, exaspéré, a obtenu mercredi dernier de la justice que les occupants soient expulsés à compter de vendredi 15 heures. Au préfet de décider quand. Samedi, les salariés ont commencé les veillées nocturnes, soutenus par les amis, la famille, les maris, souvent des ouvriers de l'usine Peugeot-Sochaux, distante d'à peine 5 kilomètres.
Repreneurs effrayés. C'est un véritable feuilleton que l'on suit tous les jours dans le pays de Montbéliard avec pour vedettes Noëlle Grimme et ses compagnes. L'Epée, créée en 1839, est le dernier symbole de la tradition horlogère. Dans le département du Doubs, proche de la Suisse, sont nées les familles Japy, Peugeot et L'Epée. Le premier




