Roubaix envoyée spéciale
La réunion commence à 10 heures, tous les mercredis, dans la salle glaciale du réfectoire de la Lainière de Roubaix, au beau milieu d'une entreprise fantôme naguère fleuron du textile français et joyau du groupe Prouvost. Le 30 septembre 1996, au lendemain de la reprise de l'entreprise par l'ancien directeur Jacques Chapurlat, 314 des 597 des salariés ont reçu leur lettre de licenciement. Ceux qui y travaillent encore naviguent entre des ateliers déserts comme à la «filature 90» où les machines de «continus à filet» grondent toutes seules. Les autres, les licenciés, se réunissent toutes les semaines dans ce réfectoire jaune et triste. Besoin de se retrouver. De se rassurer. Mais aussi de se renseigner sur «l'après», unis dans l'angoisse du chômage. «Après trente ans de boîte, tu ne peux pas partir comme ça», confie André, désemparé. Les femmes se sont assises sur des chaises d'écolier, aux premiers rangs. Les hommes se tiennent debout, en petits groupes, une cigarette calée entre les doigts.
«Prendre un boulot de deux mois?» La réunion «d'information» est animée, comme chaque mercredi, par des délégués CGT, eux aussi licenciés. «Nous nous sommes rendu compte que les gens étaient perdus. Ils nous appelaient individuellement. Alors, on s'est dit, pour la première fois, qu'il fallait organiser ce genre de rencontre», explique Serge Martinage, secrétaire du syndicat. Il s'agit, avant tout, de régler les problèmes pratiques que chacun rencontre. Ce jour-l




